mardi, 13 janvier 2009

L'arroseur arrosé, épisode 2

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Résumé du dernier épisode : miss400 en a sa claque du voisin du dessus qui prend son plafond pour un sopalin. Et c’est pas tout.


Surtout ses petites manies de vieux garçon que, de fait, je supporte de plus en plus difficilement.
Un vrai rituel. C’est pas possible d’être aussi routinier et tue-l’amour.

Tout d’abord, le radio-réveil.
Je l’entends tous les matins à 5H30 tapantes. Un iiip-iiip-iiip strident. Il met bien 30 secondes avant de l’éteindre, soit 29 de trop. Ça y est, je suis réveillée en sursaut.
Ensuite, il se lève dans une grand Baoum qui ébranle mon plafond fissuré et donc déjà fort mal en point. J’en déduis qu’il n’a pas de lit mais un hamac suspendu au plafond dont il s’éjecte en se balançant avec force (catalogue Ikéa page 154).
S’ensuivent des boumboumboumboum plus légers. Le suédois se met en marche en direction de sa salle de bain. Si encore il sortait se rouler nu dans la neige ou allait au sauna, le bruit finirait plus vite. Mais non.

À la place, le comble du chic. Tous les matins à 5H35 précises, j’entends pendant une longue minute un glouglouglouglouglou profond et sonore.

C’est le suédois qui pisse comme un cheval au fond de sa cuvette de chiotte.


Ben ouais. Ca prend de l’élan et fait du bruit quand sa tombe d’un zizi monté sur mec d’un mètre quatre-vingt dix (ou quinze).
Et il pisse un litre. À croire qu’il ne pisse qu’une seule fois par jour.

Quelques secondes de silence s’ensuivent. J’imagine que, comme 90% des mecs, il doit être du genre à secouer et non essuyer (ptin les mecs sont d’un crade).
Donc quelques secondes de secouette.

Ayé. Il remballe et tire la chasse d’eau.

Une grosse goutte de pipi est tombée dans son pyjama.

C’est pas grave, il prend sa douche - à grands bruits. 5H40.

Il est 5H45. Ca y est, il est en retard. Boumboumboumboumboum il court dans l’appartement à la recherche de son sempiternel jean et son vieux sweat-shirt vert bouteille.

6H00. Sa porte d’entrée claque avec fracas.
6H01. Il dévale les escaliers en faisant trembler tout l’immeuble.
6H02. J’entends claquer la porte d’entrée de l’immeuble.
6H03. Le silence se fait. Comme souvent, je ne me rendors pas.

Un jour, je l’attends en pyjama derrière ma porte quand il descend. J’ouvre la porte. Oui bon je suis en pyjama mais je ne vais pas exprès me lever à 5H pour parler au suédois douchée maquillée habillée. Il me regarde un peu surpris, je l’arrête dans son élan. Il regarde mon pyjama (je n'ouvre pas la porte en pull un sein à l'air comme certaines). Je lui demande poliment de faire un peu moins de bruit : il me réveille tous les matins en se préparant. Déjà pourrait-il baisser le volume de son radio-réveil ? Et puis éviter de sauter de son lit genre Mérinos ? Rho il ne fait pas tant de bruits, j’exagère, mais bon il va voir. Au revoir il fait en rigolant.

Non seulement il me fait trois dégâts des eaux mais en plus il m’envoie sereinement balader.


De fait rien ne change. Le cirque recommence tous les matins.

Et puis un jour, je m’énerve.
Je me lève, me prépare, et bien agacée, je prends une feuille et un stylo.

J’écris :

Monsieur,

Non content de m’inonder par trois fois, vous me réveillez tous les matins à 5H30 comme je vous l’ai déjà signalé. Vous m’avez répondu que vous ne deviez pas faire tellement de bruits. J’ai bien senti que vous n’accordiez que peu de crédit à mes affirmations.

Pour vous convaincre de ma bonne foi, je vous indique plus précisément que, chaque matin à 5H35, je vous entends pisser au fond de votre cuvette avec la délicatesse d’un cheval de trait.

Bien cordialement,
Votre voisine du dessous.



Et je suis allée glisser ça sous sa porte avant de partir bosser.

Ben après ça, tu me croiras ou non, mais il a étouffé le son de son radio-réveil, s’est levé sans sauter sur son plancher, et a commencé à pisser en visant la faïence. Parfois il y avait bien quelques petits ratés – la quéquette est dure à manœuvrer le matin uh-uh-uh et j’entendais un rapide glouglou mais hop, ça repartait dare-dare sur la faïence.

Mouarf.
Et voilà comment je te mate le Suédois moyen.

jeudi, 08 janvier 2009

L'arroseur arrosé, épisode 1

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Suite des chroniques de voisinage qu'avaient commencé .

Ça y est. Mon premier appart de grande fille. J’ai 23 ans, je commence à travailler. Un tout petit deux-pièces de trente mètres carrés, certes, mais un deux pièces. Je le regrette encore cet appart, il était trop mignon. Des petites pièces, des petites fenêtres, des petites portes, je l’avais repeint avec de jolies couleurs, toutes différentes d’une pièce à l’autre, le séjour en taupe, la chambre-bibliothèque-bureau en vert anglais, la salle de bain en bleu glacier, avec une jolie vasque en granit noir, c’était rien choupinou. Une vraie petite garçonnière. D’ailleurs j’en ai ramené des garçons. Uh-uh-uh…Il n’est pas très loin d’une porte (d’une porte de Paris, pas d’une porte en bois, je dis ça pour mes lecteurs de province, pardon, « en régions »), comme le studio d’avant l’était aussi, quoique j’avais opéré un quart de tour sur le cadran parisien…près des portes, c’est pas cher, enfin c’est moins cher. J’habiterai près d’un bon nombre de portes en fait, jusqu’à ce que je rencontre Mister400 qui lui, n’habite pas près des portes. Nan. Qu’on se le dise. Mister400, l’est rien snob, en fait. Donc je n’habite plus près des portes. J’habite là où tu mets une plombe à sortir de Paris et où tu ne peux jamais te garer et où tu te fais klaxonner dessus quand tu traverses même si le bonhomme est vert. Mais bon, ça arrive à des gens très bien d’habiter près des portes. Après reste à savoir si tu es du bon côté du périph ou non. La blonde par exemple, c’est une fille très bien, propre sur elle, très sortable au Hyatt ou ailleurs (et qui aime bien être linkée), ben elle habite près d’une porte. Voilà. Mais de l’autre côté du périph. Bon. Et voilà comment on échoue dans des bals des pompiers (à ne pas confondre avec les pals des bompiers, ce qui est différent aussi), de petite couronne, à draguer le maire de … . Hum.

Bref.
C’était la minute topographique.


Donc.
Je m’égare.
J’en étais où ?
Ouais. La garçonnière.
Uh-uh-uh.

Mes folles années de célibat de jeune cadre dynamique. J’ai enfin de l’argent, je claque, je claque, je claque tout et au delà. Je passe mes samedis après-midi dans les boutiques ou à me faire faire des coupes à 4 chiffres avec des mannequins d’un mètre quatre-vingt dix blondasses, (alors que je ne suis ni blonde, et loin du mètre 90, ça me fout des complexes), je me fournis chez Mariage Frère, je file des rencards chez Ladurée, le midi je vais déjeuner dans des brasseries et bouffe le quart de mon revenu quotidien, le soir traiteur Flo Prestige juste en bas pas-envie-pas-le-temps de cuisiner, un bol de céleri rémoulade et zou, je bosse comme une tarée. Il ne reste rien à la fin du mois mais je m’en fous, je suis célibataire. À côté de ça je prends le métro à pas d’heure parce que plus de thunes pour un taco et j’ai même pas une casserole à la maison. Mais je suis dans l’expérience du nouveau-enfin accessible. Ça dure un temps. Le temps de la tolérance de mon banquier.

L’immeuble est plein de petites mamies et papis et de vieilles filles - c’est hyper tranquille. Une vraie pension de famille. C’est le quartier qui veut ça. Pour un peu on entendrait la comtoise sonner. Ça vaut mieux  parce que c’est un vieil immeuble fin XIX è mal insonorisé.

Un seul point noir au tableau dans ce havre de tranquillité.
Le voisin du dessus, troisième gauche, fond du couloir, le coin des petits appartements riquiqui. où je loge Il habite seul. Une tronche de surfeur suédois. Ouais y’a sûrement pas beaucoup de surfeurs en Suède vu la caillance mais tu vois le tableau. Genre trente-cinq ans un peu fatigué, très grand style un mètre quatre-vingt dix ou quinze, très maigre, très blond, bronzé la peau usée un peu, avec des cheveux filasses dans le cou, les yeux bleus lavasses et l’air un peu con. Tu l’imagines bien porter le nom d’une étagère Ikéa. SVÖISVIND. Par exemple. S’il n’était pas si maigrelet j’aurais bien écrit : viking, à la place de surfeur. Et puis mou, un peu. Et habillé comme un éternel ado, aussi.

Ça fait envie.

Pour commencer, cet abruti m’inonde un certain nombre de fois dans ma salle de bains.
La première fois je reste zen. L’assureur me rembourse, j’en profite pour re-refaire les peintures au frais de la princesse, voilà. (Bleu galcier toujours).
La deuxième fois, je commence à m’agacer.
La troisième fois, je m’énerve. Le plafond de ma salle de bains dégringole par plaques dans ma cabine de douche. Quand est-ce que cet abruti va faire réparer sa plomberie.
En fait Jamais est la réponse. Il élude, il vasouille sur le sujet. Sa machine à laver le linge est pourrie, le tuyau est mal branché, la chaudière coule, c’est la faute de son propriétaire, il ne comprend pas, gnagnagna. 

Je le trouve de moins en moins sympathique.

 

To be continued

mardi, 23 décembre 2008

Raviolis et compagnie, épisode 2

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Résumé du dernier épisode : Miss400 crèche dans un studio avec sa proprio vieille fille qui habite la porte en face (ze gueurl next dor’). Pour son déménagement, elle va taxer des vieux cartons au chinois d’en bas. Dans la cave, ousqu'on rentre avé la trappe.

Il fait noir, juste le halo de lumière de la boutique au-dessus. J’attrape à tâtons trois ou quatre grands cartons qui m’ont l’air propre. Je les remonte un par un par l’échelle. Je remercie le taulier. Je trimballe ça ensuite sur les quatre étages jusque chez moi en deux ou trois voyages. Je traîne les cartons blangblangblang ça tape sur les marches. Je laisse ça dans l’entrée de mon studio, je les entasse les uns dans les autres à peu près, je jetterai mes affaires là-dedans demain matin.

Je dîne (les raviolis, j’en ai profité pour en acheter). Je prends une douche. J’enfile un pyjama (ça deviendrait torride pour un peu - je suis nue sous le pyjama). Je me mets sous la couette. J’ai un matelas posé à même le sol. J’éteins la lumière. Je regarde une bouse sur ma petite télé avec antenne incorporée posée elle aussi sur la moquette à un mètre du lit. J’aime bien regarder la télé dans le noir.

Et puis j’entends un petit boum du côté des cartons, c’est un choc sourd sur un des cartons en fait, j’en vois un bouger.  Légèrement . Bizarre, mais bon, ils étaient empilés de façon incertaine, problème de déséquilibre, ou d’équilibre je me dis. Je continue à regarder la bouse. Et puis il est minuit, je tombe de sommeil, je tends le bras pour éteindre la télé.

Je vois un petit truc se faufiler le long de la plinthe à côté de la télé. J’allume illico ma lampe de chevet.

Une grosse souris est là qui se tortille et se dandine en longeant la plinthe.
Je bondis de la couette. La souris se carapate en direction du placard ouvert qui est à 20 centimètres du lit.

Elle est dans mes chaussures entassées dans le bas du placard.

Je suis debout sur mon matelas. Ptin.

Ptin.

Je vais pas passer la nuit avec une souris au bout de mon lit qui peut escalader le matelas d’un moment à l’autre pour venir barboter dans mes cheveux ou pire.
Je vais pas secouer les chaussures pour la faire partir, si je tombe dessus, encore un coup à attraper la peste bubonique ou me faire mordre ou les deux, et en plus elle se barrera pas de chez moi pour autant.

Bon.
Je fais quoi ?

Je sors du studio en pyjama et je vais frapper chez la voisine. Elle est insomniaque de toute façon, j’ai jamais compris quand elle dormait.

Je lui dis pas : je crois que j’ai remonté une souris dans un carton dégueu du chinois dégueu (la souris s’est quand même tapé quatre étages de tape-cul sans se barrer du carton, je lui ai fait le Space Mountain de sa laïfe). Elle me dirait : c’est votre problème.

Je lui dis : y’a une souris dans le studio (sous-entendu : y’a une souris chez vous, bonjour l’insalubrité).

Truc de malade, elle me renvoie dans mes vingt (ou quinze ?) mètres.

Je lui dis : attendez, je vais pas dormir là-bas avec une souris dégueu à côté de moi.

Bon elle me dit, je vous propose mon canapé.

C’est un peu ce que je voulais. Après je m’en fous, je déménage. En laissant la souris.


J'entre chez elle.


Elle est trop contente que je sois là en fait. Entre-temps, elle a cherché à se dédouaner de la souris et a trouvé toute seule :

- elle vient sûrement de cette saleté de traiteur-restaurant chinois qui empeste tout l’immeuble et encombre le hall de ses cartons immondes, j’ai beau en parler à l’assemblé générale des copropriétaires, rien n’y fait !

- Oui oui je dis, elle a dû monter les escaliers.

- Mais comment s’est possible ?? elle me rétorque.

- Par la plinthe qui court le long des marches ! je fais.

Oui bien sûr, c’est ça. D’ailleurs elle va faire une lettre au Syndic sur-le-champ pour se plaindre de l’insalubrité et du manque d’hygiène du chinois.

Elle m’admoneste son couplet. Elle rédige la lettre. Elle me la fait relire. Il est une heure du matin. Elle me fait un tilleul. Elle me raconte un tas de choses. Il est deux heures du matin. Mes potes débarquent (toujours eux) pour me déménager à 8h00. J’en peux plus. Je lui dis que j’aimerais dormir un peu. Oui oui elle fait. Elle ouvre le canapé, me donne un plaid. C’est trop petit, pas confortable, et elle va et vient dans la pièce sans cesse. Impossible de dormir. À trois heures elle va enfin se coucher. Je m’endors. Elle se réveille à 6h avec Verdi à pleins tubes.

Je suis fraîche.

Je repars chez moi me doucher et m’habiller, scrutant la moquette à la recherche d’une éventuelle bestiole rampante. Je secoue mes baskets comme une forcenée avant d’y glisser les pieds.

Pouark.

Mes potes arrivent et se marrent. Ah les filles. Ils secouent ostensiblement toutes mes chaussures à la recherche de la bébête en se foutant de moi. Elle est où la sousou, la riris ? Mouah-ah-ah. Ils me font mes cartons, j’ai trop peur de toucher mes frusques dans le placard.

Ils sont coul mes potes.

De souris que nenni. Elle avait dû se barrer ailleurs.


J’ai acheté un sommier, après. Avec des pieds de 30 cm de haut.

jeudi, 18 décembre 2008

Raviolis et compagnie, épisode 1

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Aujourd’hui on continue dans les chroniques du voisinage. Ouais t'es trop content, je sais.

Cette fois j’ai 22 ans. Je rentre en stage de fin d’études, mal rémunéré mais pour moi c’est Byzance. Je déménage dans une studette, une seule pièce de 20 mètres carrés tout juste, où je n’ai pas pu emmener ma vieille machine à laver. Elle a rendu l’âme entre temps et il n’y a pas d’emplacement pour la ranger ni de voie d’eau pour la raccorder de toute façon.

Je découvre les joies du lavomatic. C’est trop déprimant. C’est bourré de célibataires jeunes et moins jeunes qui la tronche chafouine regardent tourner leur linge assis sur le banc en bois disposé en face d’une lugubre rangée de machines. Le distributeur crachote pour cinq francs une dose de lessive en poudre bas de gamme et puante dans un gobelet en carton usé. C’est à se flinguer. Lire là-bas est quasiment impossible avec les va-et-vient et le barouf des machines. Dès la deuxième session,  je lance le programme, regarde le compte à rebours et je rentre chez moi. Je rapplique dare-dare cinq minutes avant la fin pour éviter de me faire tirer mon linge. Je fourre le tout dans un grand séchoir qui ne sèche rien à moins de faire tourner le linge trois cycles de séchage d’affilée, minimum.


C’est d’un gai.

C’est d’un pénible.
Ma première paie je l’ai explosée dans une Arthur Martin. Que veux-tu la collectivité surtout avec des inconnus ça m’a toujours débectée, spécialement quand il s’agit de mélanger ses petites culottes.


Me parle pas de colocation, j’ai des spasmes rien qu’en entendant le mot.

Bref.

Ma propriétaire habite l’immeuble, elle en possède la moitié. On est sur le même palier. C’est un petit immeuble pas loin d’une porte , pas le grand luxe, c’est même assez pourri. Il y a un restaurant-traiteur chinois en bas, tout aussi minable, mais il me fourni en raviolis. C’est bon et vite avalé.

À l’époque, on ne sait pas encore que 90% des restau et traiteurs chinois de Paris se fournissent dans des ateliers clandés où les raviolis et autres sont préparés dans des conditions d’hygiène à faire dégueuler un rat crevé.

Ce à quoi j’ai survécu quand on y pense.

Ma proprio a la cinquantaine. Elle vit seule et de ses loyers. Elle a des habitudes de vieille fille. D’ailleurs c’en est une. Elle se lève tous les matins à 6h00 en musique. Je devrais dire : en fanfare. Musique classique style pompier, Wagner et consorts, dès potron-minet. Elle fume aussi comme un pompier le jour la nuit tout le temps, et sa fumée m’envahit par-dessous la porte. Je vis avec des boule Quiès et une serviette éponge roulée en boudin en bas de ma porte. Si j’ouvre la fenêtre j’ai les effluves de cuisine du restau chinois et les klaxons du croisement d’en bas.

Elle est sympa du reste. Elle essaie de faire des efforts sur le bruit, mais ça ne change rien.

Après quelques semaines, elle m’invite à dîner. J’accepte. Ça me changera des raviolis. L’ambiance est sympa, elle est assez originale et ça me plaît toujours les gens différents, elle a baroudé, elle a des anecdotes marrantes à raconter. Au dessert, elle me lance : voulez-vous que nous devenions amies ? Un peu désuet certes. Et aussi, ça me fait l’effet d’un beau mec qui te draguouille depuis deux heures délicieusement, à peine, juste ce qu’il faut pour te faire rire un peu bêtement et te demander : il est intéressé par moi ou bien ? Et puis soudainement il te dit : ça te dirait de coucher avec moi ?
La douche froide.

Je repars dans mes pénates. Et puis j’en ai marre du barouf et de la clope. J’aime pas me réveiller à 6H et vivre dans une ambiance de tripot. Je lui donne mon préavis, mon stage est terminé, j’ai soutenu mon mémoire, je trouve un boulot, je vais prendre mon premier vrai appartement de jeune cadre dynamique, et voilà.

La veille du déménagement, je commence à rassembler mes frusques. Je vais au BHV pour acheter des cartons. C’est super cher les cartons ! Genre cinquante balles pour cinq cartons de base. Trop pour ma bourse de stagiaire. Ben je me dis : c’est pas grave, je vais aller voir le restau chinois en bas, il doit en avoir des cartons quand il reçoit sa marchandise.
Je rentre et je vais chez le chinois. Il est ravi que je l’aide à me débarrasser de ses cartons. Il les entasse dans sa cave. Tu sais, la trappe qui s’ouvre au milieu du rade ou de la boutique, avec une échelle. Il me dit de descendre et de prendre ce qui me plaît. Il ouvre la trappe et j’y vais.


(To be continued).

vendredi, 12 décembre 2008

Le coup du tournevis à tête plate



Un jour, j’ai quitté mes parents.

C’est ainsi.
C’était assez tôt, du reste.

J’avais besoin de prendre mon indépendance. Immobilière et mobilière (mais j’avais pas de mobylette – rho que je suis drôle) mais pas financière parce que les parents continuaient à m’entretenir honteusement le temps que je finissâte mes études ès marketingue.

Et puis au gré du compte en banque et des rencontres j’ai connu (mais non bibliquement) bon nombre d’appartements.

Et tout autant de voisinages aussi baroques que pittoresques.

N’ai-je pas le don de l’euphémisme, alors que j’aurais pu écrire trivialement aussi bêtes que pénibles ?

(Ptin le pitch. Ca donne envie).

 

 

Premier épisode voisinesque en ce jour de frimas et de grâce : le coup du tournevis à tête plate (ou cruci - je ne sais plus mais on va dire que ce n’est pas fondamental).

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Mon premier nid loin de mes géniteurs. Mon chéri de l’époque et mes copains garçons sont venus m’aider à charrier mon barda. J’ai récupéré une vieille machine à laver qui pèse deux tonnes et il n’y a pas d’ascenseur.
Je suis au quatrième.

Ils sont coul mes potes.
Je leur fais un café lyophilisé tiède à l’arrivée pour la peine. Tu sais direct au robinet d’eau chaude.

La classe quoi. Quand je pense qu’aujourd’hui c’est Bialetti + Illy ou rien.

J’ai vingt ans, et la perceuse Black&Decker est restée chez papa. Pour toute boîte à outils j’ai un paquet de chouingueumes, une clef à montage en L de chez Ikéa, et un vieux marteau dont la tête se détache du manche quand on frappe trop fort et est projetée vers celle du bricoleur – mais j’aime vivre dangereusement.


Je commence à m’installer sans bricolage – à part les clous et le marteau spécial trépanation - pour accrocher deux ou trois bricoles ethniques au mur, genre masques africains que je jetterais avec une joie non dissimulée quelques années plus tard avec mes colliers en ambre et bois de cocotier et autres. (Fin définitive de la période ethnique).
Les fringues s’entassent un bon moment dans les cartons et sur un portant bancal et rouillé que j’ai récupéré devant un magasin de prêt-à-porter.

La classe toujours.

Je fais connaissance avec mes voisins pendant ce temps.

Au troisième, le grincheux. Un célibataire de trente-cinq ans qui fait la tronche et qui rentre toujours désespérément seul. J’invite mes potes régulièrement pour des chouilles mémorables. On fait un tapage pas possible – on boit, on écoute de la musique débile très fort, on danse, on rigole. Le voisin a chopé mon numéro dans les pages blanches. Il appelle toujours à minuit pour faire cesser le barouf – il doit dormir, il veut dormir. Au moment où le téléphone sonne, maintenant je sais que c’est lui, je dis en pouffant – c’est le voisin du dessous. Tout le monde se tait, il y en a un qui baisse la musique. Je le mets sur haut-parleur. Tout le monde écoute ses plaintes, je dis oui-oui et je raccroche. Mes potes se lancent alors systématiquement dans un fou rire général. Le voisin l’entend, c’est sûr. On reprend le barouf.

Aujourd’hui je me dis qu’il était finalement assez coul.



Au deuxième, le gentil couple de trente-cinq ans avec enfants. Ils se ressemblent, je trouve. Bruns tous les deux, les yeux marrons tous les deux, la peau assez mate tous les deux, même taille ou presque, même coupe de cheveux courte, c’est assez narcissique leur affaire. Ils ont l’air assez fusionnels. Ils sont sympatoches, souriants, je tape le bout de gras avec eux dans les escaliers régulièrement. Elle est enceinte jusqu’au yeux quand j’arrive, puis elle accouche et trimballe son gniard donc je l’aide souvent à monter ses courses jusque devant sa porte. Elle ne travaille pas et je la croise souvent dans la journée quand je rentre des cours ou que j’y vais, ou que je pars retrouver mes potes (je suis très clanique à l’époque).
Un petit couple bien mignon mes amis.

Et puis un après-midi, un jour de semaine où je termine mes cours tôt, je vais m’acheter une étagère en contreplaqué pourri recouvert d’une peinture noire dégueu mais c’est pas cher – j’ai vingt ans je te rappelle.
Il me faut un outil que je n’ai pas.

Le famous tournevous.

Je me dis donc : tiens je vais aller voir ma gentille voisine pour aller lui demander de me prêter un tournevis. Après tout cela se fait, même que ça pourrait renforcer notre relation sur un malentendu, et ils pourraient devenir mes meilleurs voisins. (Nan jdéconne). Je sais que la voisine est souvent chez elle l’après-midi. Il est genre 15h30.
Je descends l’escalier et je sonne.
La gentille voisine entrouvre la porte. Elle passe uniquement la tête dans l’embrasure mais le temps de la manœuvre j’ai le temps d’apercevoir sa tenue avant qu’elle se cache derrière la porte. Elle est en culotte et débardeur. Tiens c’est bizarre je me dis, qu’est-ce qu’elle fout à moitié à poil à cette heure et surtout, moi j’irais pas ouvrir à une inconnue ou presque dans cette tenue mais bon, pourquoi pas. Un peu décontenancée – je suis quand même pas hyper pote avec la voisine au point d’entamer une conversation avec elle en culotte à 30 centimètres de moi, je bafouille :

euh pardon de vous déranger, z’auriez pas un tournevis à tête plate à me prêter ?

Non qu’elle me répond en souriant, mon mari n’est pas là et je ne sais pas où il range ses outils.

Ah ok je dis, assez contente d’abréger en fait, c’est pas grave.

Et par les quinze centimètres d’ouverture qu’elle a aménagé pour pouvoir montrer son visage tout en cachant le reste derrière la porte, je vois un mec traverser l’entrée juste derrière elle en tapinois.

Genre comme ça :

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Non, son mari n’est pas là.
Ce n’est pas son mari qui est là en effet.

Et celui-là est en caleçon et chaussettes et il tient son pantalon dans sa main droite et ses chaussures dans sa main gauche.

La voisine a suivi mon regard et se retourne.
Elle me regarde de nouveau. Elle ne sourit plus, elle est blême.

Ah, ben ça fait rien, je rajoute, au revoir.