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Voyages : Le Sud malgache, un monde en soi

«Le jour où les éléphants nicheront, c'est là qu'ils viendront se reposer!» sourit un Malgache. Il est vrai que les nids-de-poule, ces incontournables des routes de Madagascar, se transforment en «nids d'éléphant» sur ce tronçon de la route nationale 7 (RN7), entre Ihosy et Ranohira.

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Imaginez, sur une trentaine de kilomètres, des lambeaux de bitume délimitant d'énormes trous en formation entre lesquels les véhicules se fraient un chemin. Les chauffeurs rivalisent d'adresse pour inventer chaque jour un nouveau passage qui ménagerait les amortisseurs de leur véhicule.

«Pourtant, une dizaine de crédits ont déjà été acceptés par notre parlement pour la réfection de ce tronçon, mais nous n'avons jamais vu un seul engin de chantier!» soupire un habitué. Un mal endémique (définition: caractéristique d'une région) dans la quatrième plus grande île du monde, dont la superficie équivaut à treize fois celle de la Suisse.

Vous avez dit endémique?

Endémique: le mot est lâché. En effet, 80% des douze mille espèces végétales qui composent le paysage de Madagascar n'existent nulle part ailleurs. A titre de comparaison, l'Allemagne en posséderait dix-neuf et le Mexique trois mille.

Mais reprenons la route. On arrive à Ranohira, un peu secoué mais ébloui par les extraordinaires formations de grès du massif de l'Isalo. D'ailleurs, la visite du parc national du même nom mérite qu'on lui consacre plusieurs jours.

Vingt-cinq kilomètres après avoir dépassé le lieu, toujours sur la RN7, vous découvrirez une ville de baraques de planches, ressemblant furieusement à celles de l'époque de la conquête de l'Ouest américain. C'est qu'on a découvert des saphirs voilà trois ans.

Un ville champignon que Ilakaka. L'anarchie y règne. Certains creusent des puits de plus de quinze mètres de profond, sans le moindre étayage. Ils sont nombreux à mourir ensevelis sous la terre qui s'effondre.

Des aventuriers du monde entier ont débarqué à Ilakaka pour racheter les quelques grammes de pierres précieuses âprement arrachés au sous-sol. Les mineurs enrichis existent et perpétuent la légende: ils s'achètent des voitures, sans jamais avoir conduit auparavant, ou des armes, créant ainsi une zone totalement hors la loi.

La RN 7 vous conduira ensuite à Tuléar. Quelques kilomètres avant d'atteindre la ville, une halte s'impose: l'arboretum Petignat. Créé par le botaniste jurassien Hermann Petignat (décédé en mars 2000), il regroupe un millier de plantes endémiques du sud de l'île rouge.

Paradis des plongeurs

Quelques villages des environs de Tuléar offrent des plages splendides ou des sites de plongée impressionnants (Ifaty, Anakao). Quittons là la RN7, qui relie la capitale Antanarivo à Tuléar.

Si vous disposez de temps, vous rejoindrez Fort-Dauphin en cabotant le long de la côte ou préférerez la route nationale 10, une véritable aventure... Mais la voie des airs semble la plus raisonnable. C'est ainsi que vous atterrirez bientôt dans le grand sud, au «pays des épines».

En 1504, quatre-vingts marins portugais y font naufrage et construisent un fort. En 1642, les Français y débarquent à leur tour afin d'établir un comptoir sur la route des Indes. Le fort qu'ils érigent sera nommé Fort-Dauphin en l'honneur du futur Roi Soleil, Louis XIV, alors âgé de 6 ans.

Sous la pression des tribus armées, les Français devront abandonner la ville en 1674. C'est en 1896 seulement que la France revient en force et annexe la totalité de l'île. L'indépendance, en 1960, ne chassa pourtant pas tous les anciens colons.

Une famille puissante

Aujourd'hui, la famille de Heaulme possède les principaux hôtels de Fort-Dauphin et demeure incontournable. Sa fortune a été édifiée sur l'exploitation du sisal, une fibre végétale qui, avant l'apparition du synthétique, était l'une des plus employées pour la confection de cordes et de sacs. Les de Heaulme ont défriché des milliers d'hectares de forêt pour planter cet agave originaire d'Amérique du Sud.

En 1936, Jean de Heaulme créa la réserve de Berenty sur une parcelle de 265 hectares au bord du fleuve Mandrare. Depuis lors, Berenty est devenu un lieu de passage obligé. Tout y est fait pour faciliter l'observation.

Trois groupes de lémuriens (sortes de petits singes, également endémiques) dominent: les makis (gris à queue annelée) sont les plus sociaux. Les sifakas (blancs teintés de marron), eux, sont d'incroyables acrobates qui sautent à six mètres de distance d'arbre en arbre. Leur grâce est totale lorsqu'ils entreprennent quelques pas de danse sur le sol.

Les gidros (marron) se distinguent par leur extrême curiosité. La nuit, on partira à la rencontre des lémuriens nocturnes blottis au creux des troncs. Dans la forêt, des bandes de chauves-souris géantes passent toute la journée à dormir la tête en bas, au sommet des plus grands arbres.

Pour faciliter les déplacements des touristes, les sentiers sont régulièrement dégagés. Or, ces zones constituent des no man's land pour les makis qui ne s'y aventurent pas et se reproduisent ainsi sur un tout petit territoire. Un naturaliste considère que les lémuriens du parc Berenty sont dégénérés pour cette raison. D'ailleurs, les amicaux animaux ont bien compris l'intérêt qu'il y a aux nombreuses visites. Les plus audacieux d'entre eux viennent se poster près des bungalows en quémandant de la nourriture.

Pour sa richesse naturelle, l'hospitalité de ses habitants et ses paysages exceptionnels, le sud de la «Grande Ile» mérite que l'on s'y attarde

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