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vendredi, 29 février 2008

La colo #7

 

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Résumé du dernier épisode :

la jeune 400 clics a eu beau déchirer sa race aux JO de la Bourboule, ce sont les derniers qui ont été félicités car les derniers seront les premiers, c'est Saint-Marc qui l'a dit.

Pourtant, quand elle traînait à l'arrière de la colonne pendant les rando, elle se faisait avoiner par les monos qui lui donnaient 8 kgs de tomates à porter pour la peine.

Alors il faudrait savoir. 

 

 

Après vous avoir narré de quelle façon Mère Pète-Sec s'occupait de nos jeunes âmes égarées, attelons-nous maintenant à vous expliquer de quelle manière elle traitait nos corps de jeunes pécheurs.

N'oublions pas que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort et que tout ou presque était considéré comme superficiel et inutile.

 

Une fois ce contexte rappelé, nous pouvons avancer.

 

 

La nourriture d'abord.

 

Achetée en gros à la ferme pour les sous-produits animaux de base : lait, beurre.

Oh merveilleux, du lait et du beurre bio fermier tu vas me dire cher lecteur.

C'est oublier que nous avons grandi à l'heure de la pasteurisation et autre UHT. Ne serait-ce que pour éviter de crever de la listériose.

Des goûts aseptisés donc auxquels nous sommes habitués depuis notre plus tendre enfance des années 80.

 

Le beurre fermier arrivait en motte sur la table du petit déjeuner. Sentant le rance et la bête à 2 mètres.

Le lait arrivait direct du pis de la vache. Graisseux et puant à souhait.

 

Achetée à l'hyper pour le reste.

Le pire du pire de l'industriel à bas prix.

Tomates bataves poussées sous serre, dures comme du chien.

Et la viande...oh la viande...

Des kilos de langue de boeuf mangée sur plusieurs jours.

Petite j'adorais la langue de boeuf de maman. Le très bon boucher. Les meilleurs morceaux. Mijotés des heures dans une sauce rouge divine. Des tranches moelleuses et fondantes dans la bouche. 

Là, imagine cher lecteur de la langue dure et râpeuse, bourrée de nerfs et de petits trous que sont les grosses veines coupées dans la largeur, cuisinée à l'eau.

Chaude le premier jour dans nos assiettes. Puis le lendemain, et le surlendemain, et le jour d'après, dans des sandwichs distribués en randonnée. 

Là haut dans la clairière, dans un immonde haut-le-coeur, j'ai renvoyé la langue de boeuf froide, avant de balancer mon sandwich dans les hautes herbes. Dégoûtée de la langue de boeuf à tout jamais. 

 

Parfois certains parents venaient jusqu'à la Bourboule. "Ils passaient par là" qu'ils disaient. Ils voulaient surtout vérifier si leur petit chéri était bien traité. Ces jours là, le chalet était briqué, et on mangeait bien, forcément. Et Mère Pète-Sec était d'une bienveillance exceptionnelle. Dommage, ça n'arrivait pas souvent.

 

 

Pour ce qui est de l'eau en randonnée, tu vas voir que la plus grande prudence était de mise et que les règles élémentaires d'hydratation étaient vraiment respectées.

Interdiction d'emporter sa propre gourde en randonnée.

Pourquoi, mystère. C'était comme ça. Il fallait donc attendre les pauses, parfois très éloignées, pour profiter d'une distribution collective et surveillée d'eau. Ration limitée - il fallait porter les bouteilles.

Passons sur toutes les sources découvertes à flanc de coteau auxquelles les enfants s'abreuvaient goulûment en loucedé, assoiffés, au risque d'attraper une chiasse mémorable.

Et puis un jour, la colo s'égare dans la montagne. Il est seize heures, plus personne ne sait où nous sommes. Les bouteilles d'eau sont vides depuis longtemps. Il reste une gourde de 1 litre, la gourde personnelle d'une monitrice.

Les mômes sont rouges, déshydratés. Les monos sont un peu en panique. La vétérante des monos, aussi moche dedans que dehors, Béatrix, nous aboie dessus :

- bon il ne reste qu'une gourde, qu'elle geint. On va faire passer la gourde. Chaque enfant boit une seule gorgée hein, attention! parce qu'on n'a plus d'eau.

 

La gourde passe de main en main. Chaque mouflet boit religieusement une seule gorgée d'eau. Mon tour arrive et je ne me désaltère que d'une gorgée, comme mes petits camarades. Des petits malins boivent une longue gorgée : ils se font immédiatement hurler dessus par Béatrix.

La gourde passe par Béatrix. Elle s'en saisit et boit dix longues gorgées. Pas un murmure, tout le monde est apeuré et torrorisé.

 

On repart et on marche tout droit, c'est encore le chemin le plus court pour tomber sur quelque chose.

Une heure plus tard, la colo arrive dans un minuscule village, pourvu d'une épicerie. Les monos fouillent leurs poches. Miracle, elles ont de l'argent. Assez pour acheter un vingtaine de bouteille d'eau, pour désaltérer tout le monde après des heures de rando.

Que s'est-il passé dans l'épicerie? Elles ressortent avec trois bouteilles de limonade artisanale. Bourrée de sucre, en quantité insuffisante pour une cinquantaine de gamins. Pas moyen de se réhydrater. Le cirque de la restriction recommence.

 

A croire que ça faisait jouir Béatrix.

Dont je verrais avec horreur la touffe noire déborder abondamment de son bikini lors de la prochaine baignade dominicale au lac.

A vous rendre hétérosexuelle 100% dès 9 ans. 

 

Tout le monde est épuisé. Mère Pète-Sec est appelée aux Faucons et nous seront tous ramenés par Soeur Marie-Poireau via plusieurs voyages successifs dans le combi orange.

 

 

Les soins médicaux ensuite.

 

Les Faucons sont pourvus d'une minuscule infirmerie, tenue par une bonne soeur qui, disons, n'a plus toute sa tête. Soeur Marie-Folasse.  Elle semble toujours un peu partie. Elle ne répond pas toujours quand on lui parle. Elle reste enfermée toute la journée dans l'infirmerie. Je pense que ses capacités médicales sont aussi élevées que celles d'une enfant de 6 ans.

Mais je te l'ai dit petit lecteur, aux Faucons, c'est sécurité first.

 

Soeur Marie-Folasse a une passion. Peu onéreuse. Le Mercurochrome. 

Tout est bon pour se faire passer un petit coup de Mercurochrome.

Tu tombes? Mercurochrome.  Ca gratte? Mercurochrome. Ca pique? Mercurochrome. Ca bleuit? Mercurochrome.

J'ai vu une de mes voisines de chambrée se taper de magnifiques dartres sur le visage, qui auraient mérité un A/R chez le dermato le plus proche. Tout au moins le généraliste du coin. Allons-nous dépenser de l'argent pour ces enfants? Que nenni. Devine ce que Soeur Marie-Folasse lui a mis sur la tronche?

Au moins elle a eu de belles couleurs jusqu'à la fin de la colo.

 

Parlons enfin de cette splendide épidémie de poux qui a sévi dès les premiers jours du mois.

Acheter des shampooings anti-poux? Pas au budget! Les monos ont eu beau pleurer auprès de Mère-Pète sec, elle n'a pas lâché un franc pour épurer ces chères têtes blondes.

Les monos ont cassé leur tirelire pour acheter des litres de vinaigre. Je peux te dire qu'on a pleuré sous la douche, les yeux brûlés par le vinaigre pur. 

 

 

La prochaine fois : épilogue. 

Trackbacks

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Commentaires

- Les tomates bataves dures comme de la pierre ? c’est normal, tout ce qui vient de batavieland est dur comme de la pierre et imbittable.
- sœur Béatrix, son nom de famille, ce serait pas ténardier ? J’aime pas les mioches et le récit de leur malheurs ne me font en général ni chaud ni froid mais j’ai eu mal pour toi… Comment fais-tu pour être normale après avoir subi un traitement pareil ? (moi j’aurais détesté mes parents pour le restant de mes jours)

Tu sais quoi ? tu devrais en faire un film... y'en a qui l'ont fait pour des souvenirs moins misarables que ça, à mon avis en feuilleton de l'été sur la une, tu peux cartoner...
(nan, mais c'est horrible, moi à ta place, je demanderai réparation)

Ecrit par : Une blonde dans la ville | vendredi, 29 février 2008

>Blonde,
je savais que tu relèverais les tomates bataves.
Béatrix n'était pas soeur, m'enfin t'as vu où des soeurs se mettrent en bikini? C'était la vieille mono de la colo, affable comme une porte de prison.
Voui le film pour quoi pas, je devrais ptete contacter le producteur des Choristes, ou çui du Grand Meaulnes, genre...
Mes parents sont allés en pension, après-guerre, donc il en fallait plus pour les émouvoir...

Ecrit par : les400clics | vendredi, 29 février 2008

Mais quelle horreur la bouffe!
Et c'est pas po, c'est pas popo, c'est pas possible d'être si rapia...

(tu m'as fait rire avec la touffe à Béatrix ^^)

Ecrit par : Pivoine | vendredi, 29 février 2008

nan vraiment pour le film, j'y crois à fond, y'a un créneau. Surtout depuis que je sais que la petite fille élevée par des loups pendant la guerre c'était que des sornettes pour de faux complètement bidon. Toi, c'est tout vrai et en ces temps troublés de recherche de l'auhenticité, ça ne peut que cartoner...
(moi aussi mes parents sont allés en pension pendant l'après-guerre, c'est bien pour ça qu'ils m'en menaçaient mais que je les savaient incapables de passer à l'acte... en fait tes parents étaient vachement plus stricts que les miens, si j'y repense bien, je peux même dire que j'ai eu du bol)
Autant pour moi, oui, le bikini sur une bonne soeur, y'a comme un anachronisme...
(merci de parler de batavisme à mon intention, ça me touche, t'as pas idée)

Ecrit par : une blonde dans la ville | vendredi, 29 février 2008

Aaaaaah la langue de boeuf avec les petits trous dedans (veines) j'ai connu ça moi aussi, mais pas en colo !!
Dis-donc c'était pire que Cayenne ton truc ! :-D

Ecrit par : Cigale | vendredi, 29 février 2008

Un régal !!! Ton épopée youkaïdi / youkaïda, pas la langue de boeuf...

Ecrit par : Jeune maman et paresseuse | vendredi, 29 février 2008

>Pivoine,

c'est catho, tu peux pas comprendre. La radasserie à l'état pur...euh non pardon, détaché du superficiel ça s'appelle.

Arrête, ça m'a traumatisée. Plus de 20 ans après, je m'en souviens comme si c'était hier de cette touffe débordante de plusieurs centimètres...au dessus...pis sur les côtés...pouark! voilà pourquoi le culte que je pratique le plus c'est encore celui de l'épilation...sûrement.

>Blonde,
ouais, mais y'a romulus et remus dans l'inconscient collectif, ça aide à mort pour la crédibilité t'vois.
Si tu veux on peut faire un tir groupé à la société des auteurs pour déposer nos oeuvres respectives...

>Cigale,
toi, t'es allée à la cantoche!

>Paresseuse,
merci youkaïdi ! :-)

Ecrit par : les400clics | vendredi, 29 février 2008

C'est quoi le dicton des catho, tu aimeras ton prochain, c'est ça non? Bah non, en fait j'ai du me planter.

Ecrit par : Bernie | samedi, 01 mars 2008

C'est sûrement pour toutes ces raisons que ton séjour fut mémorable et que tes parents ont décidé de t'y envoyer tous les ans ??

Ecrit par : Suffragettes | samedi, 01 mars 2008

moi j'ai pas déposée la mienne je suis trop radine pour ça (et puis réaliste aussi) j'ai préféré me l'envoyer en recommandé...
Si on déposait plutôt nos oeuvres à Hollivoude ? C'est mieux, nan ? (bin vi, Jean-Paul E. des éditions G. trouve que j'ai pas un bon style, y'a que les ricains qui s'en foutent du style... j'ai sans doute plus de chance là-bas...)

Ecrit par : une blonde dans la ville | dimanche, 02 mars 2008

>Bernie,
oui, mais le jansénisme, c'est grosso modo tu vas en baver un max.
Et toi mon fils, qu'à tu fais pour racheter tes péchés dernièrement?

>Suffragettes,
encore une fois mes reups sont allées en pension après-guerre bouffer du rutabagas, lever 5 heures du mat et j'en passe, donc pour eux mes vacances c'était le Club Med. :-)

>Blonde,
je pense qu'il y a en effet un vrai créneau de ce côté là

Ecrit par : les400clics | lundi, 03 mars 2008

J'ai bu de la bière bénite. Hips!

Ecrit par : Bernie | lundi, 03 mars 2008

ET zut de crotte, je ne suis pas baptisé moi. Et même si j'ai fait mes études à l'université catholique, et ben je ne suis pas soumis à toutes ces règles de pêche, d'hameçon et tout. Alors non, je ne me confesserai pas...

Ecrit par : Bernie | lundi, 03 mars 2008

>Bernie,
tu navigues en eaux troubles, mon fils

Ecrit par : les400clics | lundi, 03 mars 2008

Sympa ton blog. Au sujet de José Bové , rien à dire, on l' adore. Les Faucheurs aussi , à part quelques tarés , comme partout dans les groupes , hélas. On te pique ta blague sur les faux jumeaux Albert et Nico , et on t 'invite sur notre blog.

Ecrit par : association Renseignements Généreux | dimanche, 09 mars 2008

et les travaux forcés, c'est quand ?

Ecrit par : Louise | lundi, 10 mars 2008

>ARG,
lien marche pas

>Louise,
bah.

Ecrit par : les400clics | lundi, 10 mars 2008

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